Les galeries d’art à Saint-Paul-de-Vence : créativité sur la Côte d’Azur
Perché sur son éperon rocheux entre mer et Préalpes, Saint-Paul-de-Vence s’est bâti une réputation unique : un village où les galeries d’art fleurissent au fil des pavés, où chaque porte peut s’ouvrir sur une toile inattendue, et où la lumière azuréenne sert de fil conducteur. Ici, l’art n’est pas cantonné à quelques institutions : il infuse la rue Grande, descend la rue de l’Évêché, se loge dans des arcades, des ateliers vitrés et des chapelles polychromes. Depuis des décennies, artistes, marchands, collectionneurs et flâneurs se croisent au même rythme, attirés par ce mélange rare de patrimoine, de paysages et d’audace créative. Explorer les galeries de Saint-Paul-de-Vence, c’est accepter d’avancer lentement, de s’autoriser des détours et d’entrer sans hâte dans le face-à-face avec les œuvres — une expérience tout sauf anecdotique sur la Côte d’Azur.
Pour découvrir davantage de villages, de lieux culturels et d’expériences à travers la région, consultez notre guide complet de la Côte d’Azur.
Pourquoi Saint-Paul-de-Vence attire les artistes
Saint-Paul-de-Vence n’est pas devenu un « village d’art » par accident. Dès l’entre-deux-guerres, l’arrière-pays niçois commence à séduire peintres et écrivains, attirés par la clarté de l’air, la douceur des hivers, les oliveraies et les murs ocre. Après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement s’intensifie : on voit affluer des figures majeures de la modernité, ainsi qu’une nouvelle génération d’artistes et de galeristes qui trouvent dans le village un laboratoire à ciel ouvert. Les remparts — dont on suit encore les lignes bastionnées — donnent des points de vue saisissants sur la mer et la montagne, tandis que les ruelles, protégées du vent, offrent une lumière diffuse idéale aux ateliers. La scène locale n’a cessé de se renouveler depuis, autant sur le plan esthétique que dans ses formats (sculpture, photographie, céramique, art plastique, œuvres numériques), créant une impression d’écosystème vivant où la tradition côtoie l’expérimentation.
Un autre ingrédient explique cet élan : la proximité entre institutions majeures et petites galeries indépendantes. On peut passer d’une fondation de référence internationale à un atelier intimiste en quelques minutes, sans perdre le fil. Le résultat, pour le visiteur, est une déambulation dense, mais cohérente, qui permet de sentir les continuités — un certain esprit de la Méditerranée, une joie de la couleur, une appétence pour les reliefs — et les ruptures — gestes conceptuels, œuvres in situ, nouvelles matières. C’est cette plasticité qui fidélise les amateurs : on revient à Saint-Paul-de-Vence pour s’y étonner à nouveau.
Cartographier le village: où se concentrent les galeries
Le cœur battant des galeries se situe le long de la rue Grande, véritable colonne vertébrale du village. Depuis la Porte de Vence (au nord), elle s’élève en alternant passages étroits et petites places, grimpant vers l’église collégiale. Les vitrines alternent avec des portes plus discrètes, souvent marquées par une simple plaque de laiton — n’hésitez pas à pousser l’entrée lorsque celle-ci est ouverte : nombre de galeries apprécient les visites spontanées. Sur cette artère, on trouve un panorama complet de la scène locale et internationale, entre maisons historiques et enseignes contemporaines.
La rue de l’Évêché, parallèle à la rue Grande, vaut un détour fouillé : on y découvre des ateliers d’artistes, des propositions plus intimistes, parfois des œuvres en petit format ou des séries expérimentales. La place du Tilleul, près de l’entrée du village, agit comme un sas de lumière : ombragée, accueillante, elle annonce la couleur avec des espaces attentifs à la scénographie des œuvres. Plus haut, la place de l’Église et les abords de la collégiale réservent quelques pépites — ici, un couloir conduit à une salle d’exposition aux voûtes anciennes ; là, une cour intérieure met en valeur une installation éphémère. Enfin, en redescendant vers la Porte de Nice, la promenade se fait plus contemplative : on y croise des boutiques d’artisanat d’art et des galeries aux programmations régulières, qui misent sur la rencontre avec l’artiste.
La Fondation Maeght: pilier de la modernité
Incontournable, la Fondation Maeght se dresse sur la colline, à quelques pas du village. Pensée par l’architecte Josep Lluís Sert, elle a cette capacité rare à faire dialoguer l’art et le paysage. La fondation est célèbre pour ses collections et expositions d’art moderne et contemporain, et pour son jardin de sculptures où l’on flâne de pièce en pièce. On y traverse des espaces qui invitent au ralentissement : une cour où l’ombre des pins scande les perspectives ; un bassin ponctué de mosaïques ; un labyrinthe de Joan Miró qui, au détour d’un virage, fait surgir une figure fantasque. Le lieu conjugue œuvres majeures et surprises discrètes, et l’architecture, toute en lignes brisées et patios intimistes, favorise une lecture incarnée des pièces — ni muséale au sens rigide, ni spectaculaire à l’excès.
Pour un rythme idéal, l’arrivée tôt le matin permet de profiter d’une lumière douce et d’un public clairsemé. La fin d’après-midi a, elle aussi, son charme, lorsque les pinèdes exhalent une odeur résineuse et que les couleurs se réchauffent. Qu’on visite la fondation avant ou après les galeries du village importe peu : c’est le va-et-vient entre les deux qui produit cet « effet Saint-Paul » si singulier, où un détail d’installation résonne soudain avec une petite toile aperçue derrière la porte d’un atelier.
La Chapelle Folon: un havre de douceur
Au pied du village, la Chapelle des Pénitents Blancs — dite Chapelle Folon — est un espace à part. Entièrement repensée par l’artiste belge Jean-Michel Folon, elle invite à une contemplation lumineuse : vitraux aux bleus profonds, peintures murales d’une grande délicatesse, mosaïques et œuvres sur papier qui jouent du motif du voyage, de l’envol, de la rêverie. L’ensemble est d’une cohérence rare, sans pour autant écraser le visiteur : on s’y sent accueilli, porté par une intensité calme. L’expérience, brève mais profonde, fait écho à l’idée d’un village qui a su faire de sa spiritualité et de son patrimoine un terreau fertile pour la création contemporaine.
Astuce pratique : la chapelle étant un espace de petite jauge, viser les heures les moins affluentes augmente le confort de visite. Un instant assis, à simplement regarder la vibration des couleurs, donne la mesure de ce que Saint-Paul-de-Vence sait offrir : une relation intime à l’œuvre, presque confidentielle.
Des galeries à connaître, selon votre tempérament
Art contemporain pointu: repères exigeants
Pour celles et ceux qui aiment la ligne tendue, les écritures conceptuelles et l’expérimentation soutenue par un discours solide, une visite à l’une des grandes galeries historiques du village s’impose. La Galerie Catherine Issert, par exemple, soutient depuis des décennies des artistes qui ont marqué l’art contemporain en France et au-delà. La rigueur des accrochages, l’attention portée aux dispositifs et la volonté de mettre en résonance des œuvres de différentes générations caractérisent ce type de lieu. On y vient autant pour voir que pour réfléchir : les catalogues, les textes et les conversations avec l’équipe prolongent l’expérience, et l’on ressort avec l’impression d’avoir ouvert de nouveaux chantiers de pensée.
Figuration et scènes méditerranéennes: la joie des couleurs
Si la Méditerranée, avec ses façades ocre, ses lauriers-roses, ses volets délavés, vous parle instinctivement, vous ne serez pas en reste. La rue Grande aligne plusieurs galeries qui célèbrent le geste figuratif : paysages maritimes stylisés, scènes de marché, portraits dont le regard capte la lumière chaude des fins d’après-midi. Ce sont des espaces où l’on retrouve une narrativité franche, un sens de l’anecdote heureuse, et une palette solaire — parfait pour démarrer sa promenade et se mettre dans le rythme du village. Prenez le temps de discuter des formats, d’examiner les petits tableaux souvent relégués sur des cimaises latérales : on y découvre des œuvres plus fines, presque des carnets intimes.
Sculpture et design: matières à toucher du regard
La sculpture a ici sa place naturelle, et plusieurs galeries lui accordent une belle visibilité. On y voit des pièces en bronze patiné, des assemblages d’acier, des œuvres en résine aux lignes fluides, parfois des dialogues entre mobilier d’artiste et pièces sculptées. Ce sont des lieux propices à l’échange : toucher reste interdit, évidemment, mais les galeristes encouragent le regard rapproché, l’étude des patines, la compréhension des techniques de fonderie. Lorsque le soleil traverse la vitrine et projette des ombres nettes sur la pierre, l’objet semble gagner en densité — une rêverie simple et puissante, typique de Saint-Paul-de-Vence.
Estampe, photo et œuvres sur papier: clarté et précision
À côté des grands formats peints, la photographie d’auteur, les estampes et les collages tirent leur épingle du jeu. Cherchez les petites salles en second jour, souvent en retrait de la rue : ce sont des écrins parfaits pour des œuvres qui réclament une lumière plus égale. Tirages argentiques, cyanotypes, sérigraphies aux aplats intenses, gravures rehaussées — les propositions sont variées et séduisent les collectionneurs en quête d’œuvres accessibles et maîtrisées sur le plan technique. Les discussions autour des papiers, des encres, des éditions et des numérotations participent au plaisir de la visite.
Rencontrer les artistes: ateliers et échanges
Ce qui fait la force de Saint-Paul-de-Vence, c’est la porosité entre les galeries et la vie des ateliers. Bien des lieux présentent régulièrement l’artiste en personne : un samedi pour un accrochage, une fin d’après-midi pour une signature de catalogue, un moment spontané à l’heure calme du déjeuner. Ces rencontres, souvent annoncées par une affichette ou un post de dernière minute, permettent de comprendre une démarche au-delà du cartel. Approchez sans timidité mais avec respect : demandez comment la série est née, regardez les carnets ou les études si on vous les propose, laissez l’artiste raconter ses matériaux et ses rituels. Vous repartirez avec une relation à l’œuvre plus incarnée — que vous achetiez ou non, c’est là l’esprit du village.
Certains ateliers ouvrent sur rendez-vous pour une plongée plus large dans le travail : ne vous étonnez pas si l’adresse donnée est une porte anonyme au détour d’une venelle. Le plus souvent, l’accueil est simple et précis ; l’artiste préfère montrer plutôt que discourir. L’intimité du lieu — parfois un espace voûté, parfois une pièce claire sous toiture — ajoute un relief émotionnel que les grands espaces d’exposition ne peuvent pas toujours offrir.
Acheter de l’art à Saint-Paul: mode d’emploi
L’achat d’une œuvre à Saint-Paul-de-Vence se fait dans un climat de confiance, nourri par la pédagogie des galeristes. Quelques repères utiles aident à avancer sereinement :
- Demandez un certificat d’authenticité, mentionnant l’artiste, le titre, la technique, le format, l’année et, s’il y a lieu, le numéro d’édition.
- Informez-vous sur la provenance (expositions antérieures, collections, publications). Les galeries sérieuses documentent volontiers ces éléments.
- Parlez logistique. Beaucoup de galeries proposent l’emballage professionnel, la caisse sur mesure et l’expédition internationale. Le coût varie selon le format et la destination ; demandez un devis détaillé.
- Évoquez l’accrochage final. Certains matériaux exigent une mise en œuvre précise (fixations adaptées, éclairage non agressif, protection UV pour les œuvres sur papier).
- Clarifiez les conditions de paiement et, si nécessaire, les facilités proposées. La transparence met tout le monde à l’aise.
Sur la question des prix, n’ayez pas d’appréhension : ils sont le plus souvent affichés ou rapidement indiqués. Le galeriste appréciera des questions franches et ciblées — la cote d’un artiste, l’évolution de sa production, la différence entre deux techniques apparemment proches. Au fond, acheter ici, c’est poursuivre la conversation initiée pendant la visite : la décision vient rarement d’un « coup » isolé, mais d’une cohérence d’ensemble entre une œuvre, un lieu et une histoire personnelle.
Le calendrier esthétique: quand venir
Le printemps met en valeur les tons frais et le grain des pierres : les matinées claires offrent de belles conditions pour la photographie et une fréquentation plus légère. L’été attire naturellement un public nombreux, mais l’atmosphère reste agréable grâce à l’inertie thermique des ruelles ombragées. Plusieurs galeries étendent leurs horaires en soirée, permettant une déambulation au soleil tombant, quand les œuvres derrière vitrine gagnent cette aura chaude que les amateurs connaissent bien. L’automne, souvent sous-estimé, est une saison de choix : la lumière devient ambrée, les cyprès tracent des lignes plus nettes, et l’on passe sans heurt de l’intérieur climatisé d’une salle d’exposition à la douceur d’une terrasse.
Les jours de pluie, qui ne manquent pas à l’arrière-saison, changent le tempo sans l’altérer : la pierre s’assombrit, les reflets se multiplient, et l’on a soudain envie de s’attarder sur des formats plus intimes, des matières qui absorbent la lumière. Si vous le pouvez, réservez toujours une tranche horaire ample : l’art réclame du temps, et Saint-Paul-de-Vence s’apprécie mieux quand on accepte de laisser filer une demi-journée sans rendez-vous serré.
À faire entre deux galeries: adresses et respirations
Les meilleures pauses sont celles qui ne rompent pas l’élan. Au pied du terrain de pétanque, le Café de la Place distribue un théâtre à ciel ouvert : joueurs concentrés, gestes millimétrés, discussions de connaisseurs. À l’heure du café ou de l’apéritif, le temps y prend une consistance paisible. Pour qui préfère un coin discret, « Le Tilleul » sur la place éponyme offre une terrasse particulièrement agréable, sous les grands arbres, avec une vue qui s’ouvre doucement sur les remparts. On y refait facilement le parcours des œuvres de la matinée, carnet à la main.
Côté cave, La Petite Cave de Saint Paul vaut le détour : nichée dans une salle voûtée, elle propose une sélection soignée, propice à la conversation. Bon à savoir : plusieurs galeries aiment y envoyer les visiteurs pour prolonger la rencontre autour d’un verre — la sociabilité du village n’est pas un accessoire, elle fait partie de l’expérience. Enfin, pour une parenthèse sensorielle, la Maison Godet déploie des parfums aux noms évocateurs de Méditerranée ; on y retrouve une même exigence de composition que dans l’art — une manière différente de capter la lumière et le paysage.
Itinéraires à pied pour un regard neuf
Si l’on devait proposer trois boucles simples pour traverser Saint-Paul-de-Vence en conservant la saveur des découvertes :
- Matin limpide (1 h 30 à 2 h) — Entrer par la Porte de Vence. Remonter la rue Grande en s’autorisant à pousser les portes ouvertes. Marquer une pause silencieuse à la place de la Grande Fontaine, où la pierre humide diffuse une odeur minérale. Continuer vers l’église, puis redescendre par la rue de l’Évêché. Conclure à la place du Tilleul pour un café.
- Heure dorée (1 h 15) — Commencer par le tour des remparts côté sud, en cherchant les points de vue qui accrochent la mer. Rejoindre les galeries dont les vitrines captent le couchant (on reconnaît vite les reflets ambrés sur les cadres). Finir au terrain de pétanque pour regarder une partie, immobile, quelques minutes.
- Parenthèse silencieuse (1 h) — Descendre vers la Chapelle Folon pour une visite méditative. Remonter lentement dans le village, s’arrêter dans un atelier où l’artiste est présent, poser deux ou trois questions précises, puis ressortir sans s’alourdir, simplement avec une note manuscrite ou une carte de visite.
Chaque itinéraire a sa logique. L’idée n’est pas de « cocher » des lieux, mais d’épaissir la relation au village. Les œuvres vues au début de la promenade se relisent différemment une heure plus tard, après un point de vue, un parfum de pin chauffé au soleil, une conversation saisie au vol.
La lumière et les couleurs: guide photo
Le photographe avisé ne s’en remet pas au seul grand soleil. À Saint-Paul-de-Vence, la lumière est un personnage à part entière, qui se prête volontiers au portrait subtil. Au petit matin, repérez les ruelles où la pierre capte une lueur nacrée : c’est le moment des détails, des heurtoirs, des joints de mortier, des teintes mastic. À midi, évitez les contrastes trop durs et cherchez les patios et les passages couverts : là, une lumière plus diffuse confère aux œuvres et aux façades un velouté inattendu. La fin d’après-midi, enfin, oblige à composer : de longues ombres graphiques, des reflets dans les vitrines, des silhouettes découpées — autant d’éléments qui racontent la relation du village à sa propre matière.
Dans les galeries, demandez toujours l’autorisation avant de photographier une œuvre. Les reflets de verre peuvent être contrariants ; placez-vous de biais, baissez légèrement l’angle, attendez que le flux des visiteurs se calme. Et souvenez-vous que certaines pièces ne gagnent rien à être capturées : elles se vivent, ici et maintenant, et vous accompagneront ensuite autrement, dans la mémoire de la visite.
Pour les familles: éveiller la curiosité
Parcourir des galeries avec des enfants peut devenir un jeu intelligent plutôt qu’un défi. Transformez la déambulation en chasse aux détails : « Trouve un poisson bleu dans une vitrine », « Repère une sculpture qui ressemble à un instrument de musique », « Cherche un visage qui te sourit ». À la Fondation Maeght, les œuvres en extérieur rendent la visite plus dynamique : on marche, on regarde, on compare les échelles. À la Chapelle Folon, les vitraux convoquent les histoires : demandez aux plus jeunes ce qu’ils voient, plutôt que de leur expliquer. Ils surprennent souvent par la justesse de leurs intuitions.
Alternez les salles d’exposition avec des respirations concrètes : une glace sur la place du Tilleul, quelques minutes de pétanque regardée en silence, un petit carnet pour dessiner ce qui a plu. Dans les galeries, prévenez les enfants de l’importance de ne pas toucher, mais autorisez-leur un temps de questions. Les galeristes, habitués, répondent avec bienveillance et en profitent pour transmettre des clés simples et justes.
Conserver la quiétude du village: étiquette et respect
Saint-Paul-de-Vence tient à son équilibre. Pour que la promenade reste agréable à tous :
- Dans les galeries, ne touchez pas les œuvres, évitez les sacs volumineux et gardez une distance d’un pas face aux pièces fragiles.
- Parlez à voix posée. Les espaces résonnent vite et la concentration fait partie du plaisir de la visite.
- Dans les chapelles, adoptez une tenue respectueuse et évitez le flash. Laissez à l’espace son caractère de recueillement.
- Dans les ruelles étroites, cheminez à droite, laissez passer les habitants, et évitez les arrêts brusques au débouché des portes.
- Ne déployez pas de drone dans et autour du village. Les remparts, les jardins et la proximité des habitations imposent la discrétion.
Un mot sur la propreté : on jette son gobelet ou sa bouteille uniquement dans les poubelles dédiées, on évite de caler quoi que ce soit sur les socles de sculptures en extérieur, et l’on fait attention aux marches anciennes, parfois polies par le temps. Rien de contraignant, tout de naturel : l’hospitalité de Saint-Paul-de-Vence mérite ces égards simples.
Petites histoires, grands échos
Saint-Paul-de-Vence regorge d’anecdotes discrètes. Sur la place de la Grande Fontaine, les habitants aiment rappeler que la fraîcheur de l’eau a longtemps rythmé la vie domestique du village — laver, abreuver, converser. Dans le cimetière, perché à l’extrémité sud, reposent des figures qui ont façonné l’imaginaire du lieu ; on y entend parfois un guide murmurer que certains artistes venaient marcher là, tard, pour « faire le point avec la lumière ». Et puis il y a ces minuscules signes sur les murs — une date gravée, une empreinte de main, une pierre plus claire insérée comme un clin d’œil — qui signalent combien l’art ici est moins un vernis qu’une sédimentation.
En marchant, écoutez les conversations autour de vous : discussions sur une exposition, débats à propos d’un détail de technique, recomposition d’un itinéraire. La vitalité du village tient à cette sociabilité cultivée, où l’on échange sans massifier, où l’on transmet sans didactisme. Le visiteur n’est pas qu’un passant : il devient, pour quelques heures, un maillon de cette chaîne tranquille entre œuvres, lieux et regards.
Au-delà des remparts: quelques repères voisins
La cohérence du titre oblige à rester centré sur Saint-Paul-de-Vence, mais il est utile de savoir que, dans un faible rayon, quelques repères complètent le tableau azuréen. Vence, par exemple, possède une tradition artistique qui résonne avec celle de Saint-Paul, tandis que Biot cultive un savoir-faire verrier remarquable. Ces points d’appui n’appellent pas nécessairement une excursion dédiée si votre temps est compté : l’essentiel, ici, se joue intramuros, dans l’épaisseur des galeries et la densité des promenades villageoises.
Ressources et carnets d’adresses utiles
À l’entrée du village, un point d’information recense les expositions en cours et un plan des galeries. Demandez-le : il permet de structurer la promenade sans l’enfermer. À l’échelle du village, le bouche-à-oreille fonctionne très bien : un galeriste vous signalera volontiers l’ouverture d’une nouvelle salle, un vernissage discret, un atelier à ne pas manquer. Les programmes imprimés des grandes institutions — que l’on trouve souvent à l’accueil — donnent le tempo des saisons, et certaines galeries publient des feuilles de salle claires et concises qui aident à recontextualiser un accrochage.
Conseils pratiques pour une visite fluide
Une bonne visite s’organise, sans se rigidifier. Quelques repères simples :
- Chaussures souples et antidérapantes : les pavés, polis par les ans, peuvent surprendre.
- Horaires: beaucoup de galeries ferment pour la pause déjeuner, puis rouvrent l’après-midi. En été, certaines étendent leurs horaires en soirée.
- Météo: un chapeau et de l’eau en saison chaude ; une écharpe légère au printemps et à l’automne pour les fins d’après-midi.
- Transport: privilégiez les parkings en contrebas du village et montez à pied. Le trajet est court et agréable.
- Photos: demandez avant de photographier dans les galeries et respectez les indications des institutions.
Il est aussi précieux de ménager du vide dans l’agenda — un blanc où une conversation impromptue, une découverte en vitrine, une pause sur les remparts pourront se glisser. De ce temps dégagé naissent souvent les meilleurs souvenirs.
Lire les œuvres: petites clés pour de grands plaisirs
Face à une pièce qui vous appelle, ralentissez. Commencez par décrire ce que vous voyez sans interprétation : couleurs, lignes, matières, formats. Demandez-vous d’où vient la lumière, comment la surface l’absorbe ou la renvoie. Approchez à un pas, puis reculez de deux — le rapport d’échelle est crucial. Si un cartel est présent, lisez-le après avoir formé votre première impression : cela évite de plaquer un sens trop vite. Enfin, si l’artiste ou le galeriste est disponible, posez une seule question ouverte : « Qu’est-ce qui a déclenché cette série ? » Souvent, la réponse vous permet d’habiter l’œuvre plus librement, sans la surcharger d’explications.
Ce rapport à l’œuvre — attentif, non pressé, curieux — fait merveille à Saint-Paul-de-Vence. Chaque journée bien vécue dans le village laisse l’impression d’un dialogue prolongé, qui rejaillit sur d’autres visites, d’autres musées, d’autres paysages. On sort du village avec l’œil lavé, et la sensation d’avoir fait grandir son regard.
Saint-Paul de l’aube au crépuscule: un fil pour la mémoire
Si vous aimez ancrer vos journées par des rituels légers, essayez celui-ci : à l’aube, un premier passage silencieux au niveau des remparts, face aux collines qui émergent du bleu. À midi, une halte à l’ombre près d’une fontaine pour écouter le village respirer. En fin d’après-midi, choisissez une galerie dont la vitrine se gorge d’or et regardez les œuvres reprendre du relief. Le soir, un détour par la place où l’on joue aux boules — le choc sourd des carreaux, les applaudissements brefs. Répétez ces gestes deux ou trois jours d’affilée : vous aurez tissé une mémoire du lieu, très différente des parcours pressés, et infiniment plus fidèle à l’esprit de Saint-Paul-de-Vence.
Conclusion: un art de la rencontre
Les galeries de Saint-Paul-de-Vence racontent moins une époque qu’une manière d’habiter l’art. Derrière la variété des propositions — modernité tutélaire, expérimentations contemporaines, figuration solaire, œuvres sur papier exigeantes — se dessine une même manière de faire : ouvrir les portes, laisser du temps au regard, mêler la pierre au contenu, la sociabilité à l’intelligence des œuvres. La densité des lieux n’écrase jamais le visiteur ; elle le conduit, plutôt, à déplacer son attention, à passer de la contemplation silencieuse à l’échange direct, à relier les pièces et les rues en une expérience continue. C’est cette continuité qui fait de Saint-Paul-de-Vence non pas une destination de plus, mais un territoire de regard — un endroit où l’on vient, où l’on revient, et où chaque retour promet de nouveaux commencements.
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